26.09.2010
Les orphelins du SIDA
Le SIDA a rendu 110 000 enfants orphelins au Lesotho. Une part importante de la population quand on sait que le pays compte 2 millions d'habitants. S'ils sont orphelins, c'est parce que leurs parents sont morts du SIDA (1 adultes sur 4 est séropositif). Ou parce que les enfants eux-mêmes étaient séropositifs et que les parents ne pouvaient pas s'en occuper. Beaucoup de parents travaillent pour pouvoir entretenir leur foyer et soigner un enfant seropositif demande de l'attention. Une chose que beaucoup de parents ne peuvent pas se permettre et qui les pousse à abandonner leurs propres enfants.
Dans la province de Butha-Buthe, nous rencontrons cette femme et ses 4 petits enfants. Le père est mort du SIDA. Ses deux femmes aussi. La grand mère a donc du s'occuper des enfants, mais celle-ci n'avait pas les moyens de les prendre en charge seule dans sa modeste maison (40% de la population du Lesotho vit sous le seuil de pauvreté). Son autre fille, mère d'une petite fille l'aide, et les voisins lui donnent parfois de la nourriture quand ses cultures ne sont pas fructueuses.
Les services sociaux ont donné à cette grand mère une nouvelle maison afin qu'elle puisse élever ses petits enfants dans de bonnes conditions. Les représentants de chaque région sont en effet chargés par l'Etat de s'informer sur la situation de chaque famille et repèrent celles qui sont le plus dans le besoin. En fonction, ils estiment s'il faut des travaux ou une nouvelle maison pour accueillir au mieux les orphelins. Avant la construction de sa maison actuelle grâce à l'aide sociale, cette grand-mère a vécu plusieurs années avec ses 4 petits enfants dans cette case vétuste de quelques mètres carrés.
-Mélissa Bounoua
Dans le pays, 40 nouvelles maisons ont été construites et 220 réparées avec l'aide fournie par le Fonds mondial de lutte contre le sida. Chaque maison coûte 25 000 rands, soit 2700 euros. Pour aider les régions économiquement, les travaux sont assurés par des entreprises locales. L'Etat a décidé de ne pas investir l'argent du Fonds mondial dans de nombreux orphelinats mais plutôt de fournir des foyers plus spacieux aux parents accueillant des orphelins, ceci afin de ne pas séparer les enfants les uns des autres.
Si les orphelins représentent une part très importante de la population, ils sont aussi ceux qui sont les plus en danger. Le nombre d'agressions et de viols sur des orphelins est élevé. Surtout parce qu'"ils sont souvent laissés sans surveillance dans des familles nombreuses", nous explique le représentant social de la région. Et beaucoup d'entre eux se font voler l'héritage laissé par leurs parents quand ils sont jeunes.
Pour soutenir les orphelins, l'Etat a mis en place un programme d'aide juridique qui leur permet de récupérer leur propriété quand ils sont en âge de travailler et d'appeler gratuitement des conseillers quand ils sont en danger afin qu'ils soient placés dans des centres d'aide, puis replacés chez des parents.
-Mélissa Bounoua
20:53 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vih, sida, orphelins
23.09.2010
Etre une mère célibataire et séropositive au Lesotho
"Est ce que vous êtes mariée?" Au Lesotho, que vous soyez un homme ou une femme, on vous demande quasi-systématiquement si vous êtes marié(e). Dans les couloirs des hôpitaux, les femmes qui viennent se soigner sont peu nombreuses à ne pas être mariées.
Mapaseka vient d'avoir 20 ans, elle est enceinte de 9 mois. On la rencontre à l'hôpital de Seboche dans la région rurale de Butha-Buthe, elle doit accoucher ces jours-ci. En attendant, elle nous raconte son histoire. Elle a appris sa séropositivité en venant faire une visite de routine pour sa grossesse. Elle a finit le lycée depuis un an et vit avec ses parents car elle n'a pas de travail. "Je n'avais pas de bonnes notes à l'école alors il est difficile d'en trouver un mais j'aimerais travailler". Très timide, elle n'a révélé qu'à sa mère son statut. Sa petite soeur n'est pas au courant. Avec le traitement elle dit qu'elle se sent bien et espère que son bébé sera séronégatif. Elle sait que le virus peut être transmis lors l'accouchement, elle apréhende beaucoup ce moment c'est pourquoi elle a choisi d'accoucher ici. C'est son première enfant, sa première grossesse. Quand le père a appris qu'elle était enceinte, il a disparu, elle ne sait pas s'il est séropositif. Elle élevera son enfant avec ses parents.
00:30 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : prévention, femmes, vih, nouveaux-nés
22.09.2010
Les hommes ne vont pas à l'hôpital, "c'est pour les femmes"
Au Lesotho, aller à l'hôpital est une activité de femmes. Les docteurs le disent, les infirmières confirment, parmi les patients qui se rendent à l'hôpital les femmes sont beaucoup plus nombreuses. Un homme ne viendra se faire soigner que s'il est vraiment dans un état grave.
C'est pour cette raison que les hommes sont plus nombreux à être atteints du SIDA et à en mourir. Une fois que le VIH a atteint leur système immunitaire à tel point qu'ils ne peuvent plus se défendre contre une infection, que leur vision s'altère, qu'ils ont des difficultés à marcher, alors seulement ils veulent se faire soigner.
Après avoir constaté à quel point les traitements anti-retroviraux fonctionnent bien sur les femmes séropositives, un des enjeux majeur dans la lutte contre le SIDA sera donc d'amener les hommes à se faire tester systématiquement.
A la clinique pour enfants de Maseru (la capitale du Lesotho), spécialisé dans le traitement contre le VIH, la directrice nous explique que 85% des patients adultes qu'ils traitent sont des femmes. "Les pères sont très réticents à l'idée de venir dans une clinique, c'est considéré comme une affaire de femmes, elles s'occupent des enfants, les emmènent se faire soigner".
"Nous avons les traitements nécessaires mais nous ne pouvons rien contre la peur d'être stigmatisé."
Un état d'esprit contre lequel la clinique essaye de lutter grâce à un groupe de soutien aux pères seropositifs. Crée en 2008, les réunions de soutien réunissent aujourd'hui 44 membres. "Même si nous envoyons des conseillers médicaux dans les villages pour sensibiliser les pères de famille, ils ont trop peur que ça se sache et ne viennent pas nous voir. Ceux qui sont porteurs du virus ne veulent pas non plus en parler." Certains pères ammènent pourtant leurs enfants lorsqu'ils ont besoin de traitement. C'est le cas aujourd'hui dans la salle d'attente de la clinique de Maseru.
Au centre médical de Selibeng dans une zone rurale à deux heures de la capitale, des hommes sont là pour conseiller les séropositifs qui viennent de se faire tester. Eux-mêmes séropositifs, ils racontent qu'ils ont mis du temps à admettre. Quand des hommes viennent au centre parce qu'ils ont les symptômes d'une maladie généraliste, ils racontent qu'il est très difficile de les convaincre de se faire tester et de leur parler.
Dans cette région 50% de la population est séropositive, toutes les femmes enceintes ont été testées souligne l'infirmière en chef.
"Elles vont beaucoup mieux après 3 mois de traitement et vivent longtemps grâce à ça". Le nombre d'enfants séronégatifs, nés de parents séropositifs augmentent constamment depuis la mise en place de traitements gratuits. "Il n'y a que les hommes qu'on ne peut pas forcer à venir." Le virus continue donc à se diffuser même si la prévention a eu des effets positifs sur la population séropositive féminine.
- Mélissa Bounoua
22:32 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : hôpital, hommes, femmes, sida, vih
21.09.2010
"Après la naissance de mon bébé, j'ai du boulot qui m'attend"
Elle a 26 ans, elle est séropositive. Et affiche un grand sourire, pas seulement pour la photo, mais dès qu'on lui adresse la parole. Enceinte de huit mois, cette jeune femme est venue à l'hopital de Seboche dans la région montagneuse de Butha-Buthe pour une visite de routine. C'est en juin dernier qu'elle a appris qu'elle était séropositive pendant sa grossesse, elle a donc décidé de faire partie du programme de prévention et de prendre un traitement. Aujourd'hui elle veut s'assurer que tout va bien, que son traitement agit sur son système immunitaire afin qu'elle puisse accoucher dans de bonnes conditions.
Au delà de ça, dans la petite salle de la clinique dédiée à la prévention contre le sida où les mères viennent se faire tester, elle nous dit qu'elle a décidé que tout allait très bien et qu'il ne fallait pas se laisser abattre. Les réunions de soutien organisées entre mères séropositives? Elle n'en a pas besoin, son mari la soutient beaucoup nous dit-elle. Il est chauffeur de taxi, il n'est pas souvent là car il fait des allers-retours entre l'Afrique du Sud voisine et le Lesotho mais il lui donne les moyens de faire ce qu'elle souhaite.
Après son accouchement elle nous explique donc qu'elle va allaiter son enfant pendant six semaines, pas plus, puis reprendre son petit magasin et développer de nouvelles activités. Elle se chargera de fournir du lait aux écoles en provenance d'Afrique du Sud. Son enfant, elle le confiera à sa mère qui s'en occupera le reste du temps.
- Mélissa Bounoua
23:44 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vih, prévention
Les malades atteints du SIDA ne sont pas dans les hôpitaux
Troisième jour au Lesotho et troisième hôpital visité. Un constat: les malades atteints du SIDA ne sont pas dans les hôpitaux. Les représentants locaux, chargés du développement des hôpitaux sur place, chercheraient-ils à nous montrer seulement le bon côté de ce pays (dont le taux de prévalence du VIH est le 3ème plus important au monde)?
En nous rendant dans un hôpital dans la région montagneuse de Butha-Buthe, les infirmières et les conseillères nous racontent que beaucoup de malades atteints du SIDA se font prescrire leur traitement et rentrent chez eux. Si certaines infections se développent, ils viennent se faire soigner, mais peu d'entre eux peuvent être accueillis de façon permanente. Même si le programme de prévention s'est diffusé, il est encore tabou de parler du SIDA dans son entourage, et 18 000 personnes meurent toujours du SIDA chaque année au Lesotho.
23:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sida, vih, infections, hôpitaux
20.09.2010
Etre un couple séropositif au Lesotho
J'ai visité aujourd'hui l'hôpital du district de Berea dans lequel a été mis en place la campagne de prévention contre la transmission du VIH de la mère à l'enfant. Sur place, les femmes enceintes qui ne savent pas encore si elles sont séropositives ou non viennent sur les conseils de leurs voisins, d'amis ou de membres de leurs familles pour en apprendre plus sur le virus.
Lundi matin, comme chaque mois, elles peuvent venir et se faire tester. Les résultats arrivent une semaine plus tard.
La salle presque exclusivement féminine montre à quel point les hommes se désintéressent de la question. Souvent les femmes ne viennent jamais se faire tester car elles ont peur que leurs maris les rendent responsables de la transmission du virus dans la famille.
L'idée de ces réunions est de faire savoir qu'il est possible de se faire soigner gratuitement contre le virus qui pourrait causer le SIDA. La transmission du VIH entre une mère infectée et son enfant peut en effet survenir pendant la grossesse, pendant l’accouchement ou après la naissance, par l’allaitement.
Le risque de transmission peut être réduit si la mère prend certaines précautions, en prenant un traitement antirétroviral qui permet d'augmenter le nombre de cellules immunitaires et de combattre le VIH pendant la grossesse et après l’accouchement ou si elle choisit d'accoucher par césarienne (mais c'est rare car la culture veut que les femmes accouchent chez elles assistées par les membres de sa famille et la césarienne coûte trop chère). Beaucoup de mères doivent ensuite décider ensuite d'allaiter ou non, même si ce n'est pas recommendé pour leurs enfants. Souvent, elles n'ont pas les moyens de payer du lait artificiel et il a été prouvé que cela pourrait finalement porter plus de maladies et être plus dangereux pour le développement de l'enfant.
Kenehelo et Lehlohonolo, 30 et 31 ans, sont tous les deux seropositifs. Lorsqu'ils ont décidé de faire un enfant, ils sont venus demander conseils à l'hôpital de Berea.
23:37 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : transmission vih, hôpital, lesotho, prévention
Sur la route vers Berea...
22:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
A quoi sert la contribution financière de la France au Lesotho?
Pendant que je suis au Lesotho, Nicolas Sarkozy était à New York. Quel est le rapport me direz-vous? Eh bien lors de l'assemblée générale de l'ONU qui se tenait lundi il a annoncé une augmentation de 20% de la contribution financière de la France au Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Ce qui représente plus d'un milliard d'euros qui seront investis sur les 3 prochaines années.
Si je vous dis ça, c'est surtout parce que je suis ces jours-ci sur le terrain, précisément avec cette organisation. Je peux donc vous expliquer comment cet argent est utilisé, au delà de l'image positive que cela peut donner au président français (dont la femme il ne faut pas l'oublier est ambassadrice du fonds mondial - je ne sais pas si cet appel aux dons qu'il a fait aux autres pays et son investissement important en ces temps de crise nationale sont liés à l'engagement de sa femme, mais il ne faut pas l'oublier).
Le Fonds mondial ne déploie pas des programmes qu'ils gèrent eux-mêmes. L'approche est différente de celle d'une ONG qui envoie des médecins, des ingénieurs pour aider à soigner, construire, développer. Eux sont chargés de collecter des fonds tous les trois ans. 95% sont des fonds publics donnés par les états comme ce que vient de promettre Nicolas Sarkozy ce lundi. Les 5% restant viennent du secteur privé (la fondation Bill Gates, Chevron par exemple). Tous ces fonds transitent ensuite via la banque mondiale vers les pays qui en ont besoin grâce au Fonds mondial. Et les intérêts permettent de couvrir les coûts de l'administration basée à Genève.
Sur le terrain ça se passe comment? Les représentants nationaux présentent des projets qui pourraient les aider à faire évoluer leur pays en fonction de ce qu'ils ont identifié comme un problème crucial. Ces projets sont présentés au Fonds mondial qui choisit ou non de les financer. Si les résultats sont là (baisse du taux d'infection, augmentation de la prévention, centres médicaux rénovés, orphelins pris en charge) le Fonds mondial continue à donner de l'argent.
Le secrétariat général est à Genève et il n'y a pas de correspondants dans chaque pays. Précisement parce que le Fonds mondial fonctionne grâce à des représentants locaux qui soutiennent des projets pour faire évoluer leurs propres états. Ils se chargent ensuite de les développer eux-mêmes et d'en suivre l'évolution. Une approche loin du discours "voilà ce qu'il vous manque, voilà ce qu'il faut faire, on va le faire pour vous".
Aujourd'hui nous avons rencontré les personnes qui, au Lesotho, se chargent de la coordination entre l'argent fourni par le Fonds mondial et les organismes locaux. La prévention contre le SIDA étant une des problématiques fondamentales puisque le Lesotho est un des pays où le taux de prévalence du VIH est parmi les plus importants au monde.
Nkhala Sefako se charge de la coordination de tous ces programmes à Maseru.
Elle nous a expliqué, dans ses bureaux à Maseru, comment les moyens fournis par le Fonds mondial étaient utilisés pour ouvrir ou équiper les centres qui permettent aux femmes de se faire tester pour savoir si elles portent le VIH.
Pour vous faire une idée, le développement de la campagne de prévention de la transmission du SIDA de la mère à l'enfant a commencé en 2003. En 2004, 8 centres médicaux et hôpitaux ont eu les moyens nécessaires pour recevoir les mères, leur fournir gratuitement le traitement dont elles avaient besoin (pour ne pas infecter leurs enfants si elles étaient enceintes) et leur assurer un suivi dans les mois suivant la grossesse. En 2005, 9 sites ont été équipés et 31 en 2006. Le but étant que chaque femme soit testée systématiquement dès qu'elle fait un test de grossesse.
Le docteur Bikinesi, qui se charge de ce programme dans un hôpital du district de Berea à une heure de Maseru, explique qu'il aimerait que le test soit obligatoire et voulu par la loi. Car il pense possible de supprimer complètement la transmission du VIH de la mère à l'enfant d'ici 2015 via la prévention auprès des mères, les test de dépistage du VIH et le traitement antiretroviral.
- Mélissa Bounoua
21:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : financement, coordination, onu, vih, campagne de prévention
19.09.2010
Bienvenue au Lesotho
En quittant Paris pour me rendre à Maseru, personne ou presque à l'aéroport ne savait où j'allais. Après trois vols me voici donc arrivée dans la capitale du Lesotho, un petit royaume de 30 000 km2 qui compte un peu plus de 2 millions d'habitants enclavé au sein de l'Afrique du Sud. Je n'étais jamais venue en Afrique, ou seulement en Afrique du nord pour des courts séjours.
Dans les jours qui viennent, le Fonds Mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme va me permettre, dans le cadre d'une campagne qui vise à ce qu'aucun enfant ne naisse avec le VIH, de rencontrer des femmes qui sont atteintes du SIDA, des enfants abandonnés par leurs parents parce que ceux-ci ne pouvaient pas prendre en charge leur traitement.
Avec un taux de prévalence de 31% dans la population adulte, le Lesotho occupe la quatrième place sur la liste des pays les plus durement touchés par le VIH/SIDA et rien ne laisse présager une quelconque amélioration. Selon ONUSIDA, 70 personnes meurent chaque jour des suites du SIDA et la maladie a déjà rendu 73 000 enfants orphelins, un chiffre énorme qui correspond à 17% de la population enfantine.
Pour l'instant je n'ai pas vu grand chose, si ce n'est ces paysages que j'ai pris en photo, l'aéroport désert et un match de foot auquel les supporters assistent depuis les collines alentours parce qu'ils ne peuvent pas se payer de places dans le stade.
23:12 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : born hiv free, lesotho, présentation










